Le rattachement VTC a longtemps été la porte d’entrée la plus rapide pour démarrer comme chauffeur. Pas besoin de créer sa propre société : une entreprise intermédiaire prêtait son numéro d’inscription au registre, et le chauffeur pouvait s’activer sur les plateformes dès le lendemain.
Ce schéma a concerné une part importante des conducteurs actifs. Mais depuis le 27 juin 2026, ce système est interdit par la loi n° 2026-534. La question n’est donc plus « quel rattachement choisir pour gagner plus » – elle est devenue « vers quel statut légal basculer pour protéger ses revenus ? »
Ce que le rattachement VTC coûtait vraiment en revenus nets
Pour comprendre l’enjeu du changement, partons d’une situation concrète. Vous générez un certain chiffre d’affaires sur Uber ou Bolt. Ce montant ne vous revient pas en totalité. Plusieurs couches de prélèvements s’appliquent avant que l’argent arrive dans votre poche.
Avec le rattachement, la société intermédiaire déduisait sa commission avant de vous reverser le solde. À cela s’ajoutait le coût de location du véhicule si elle vous le fournissait. Le revenu net après frais était souvent bien inférieur au montant brut des courses.
Ce point est central : comparer deux offres sur la seule base du taux de commission affiché ne suffit pas. Il faut calculer ce qui reste réellement après chaque prélèvement, y compris le loyer du véhicule, les assurances et les éventuels frais de gestion administrative.
Loi 2026-534 : ce que l’interdiction du rattachement change pour vos revenus
La loi du 25 juin 2026 interdit explicitement qu’un exploitant inscrit au registre REVTC mette son inscription à la disposition d’un tiers, que ce soit gratuitement ou contre paiement. En clair : une société ne peut plus « prêter » son numéro d’exploitant pour qu’un chauffeur travaille sous son nom.
Selon les chiffres repris par le Sénat lors des débats sur cette loi, près de 30 000 chauffeurs, soit environ 40 % des conducteurs actifs sur les plateformes, exerçaient sous ce régime. Pour tous ces chauffeurs, la question du changement de rattachement devient une question de transition vers un cadre légal.
Continuer à rouler sous un rattachement classique après cette date expose à des sanctions. Une offre qui semble plus rémunératrice peut coûter cher si elle entraîne une interruption d’activité lors d’un contrôle. Le calcul de rentabilité doit intégrer ce risque.

Les deux statuts légaux pour continuer à rouler après juin 2026
Deux voies restent ouvertes pour exercer légalement comme chauffeur VTC. Chacune a des conséquences directes sur vos revenus nets.
Créer sa propre inscription au registre REVTC
Vous créez votre propre structure juridique et vous inscrivez directement au registre des exploitants. L’inscription au REVTC coûte 170 euros et doit être renouvelée tous les cinq ans. Ce coût est modeste, mais il s’accompagne d’autres obligations : assurance professionnelle à titre onéreux, carte professionnelle de chauffeur valide, et gestion de votre propre comptabilité.
En micro-entreprise, vous touchez directement les versements des plateformes sur votre compte. Vous payez vos cotisations sur votre chiffre d’affaires réel, sans intermédiaire qui prélève sa commission au passage. Pour un chauffeur avec une clientèle déjà constituée, cette formule offre le meilleur revenu net si le volume d’activité est suffisant.
Le salariat chez un exploitant déclaré
La deuxième voie légale est de devenir salarié d’une société qui est elle-même inscrite au REVTC et qui vous emploie en contrat de travail déclaré. Ce n’est pas un rattachement : c’est un vrai lien de subordination, avec bulletin de paie, cotisations sociales et droits associés.
Ce statut offre une protection sociale complète : assurance maladie, chômage, retraite. En contrepartie, votre revenu brut est soumis aux charges patronales et salariales, ce qui réduit le montant perçu par rapport à un indépendant qui génère le même chiffre d’affaires. Le bon calcul dépend de votre situation personnelle et de la valeur que vous accordez à ces protections.
Portage VTC : une troisième voie à examiner avec attention
Le portage VTC est souvent présenté comme une alternative intermédiaire. Une société porteuse, inscrite au REVTC, facture vos courses à votre place et vous reverse le montant après déduction de ses frais de gestion. Vous restez indépendant dans votre organisation, mais vous n’avez pas à gérer la facturation.
Voici les éléments concrets à vérifier avant de signer avec une société de portage :
- Qui est réellement inscrit au REVTC et qui déclare le chauffeur au registre ? Cette information détermine la légalité du montage depuis la loi de 2026.
- Quel est le taux de frais de gestion prélevé sur chaque course ? Ce taux s’additionne à la commission de la plateforme.
- La société vous fournit-elle un véhicule, et à quel coût de location mensuel ? Ce poste peut représenter une part significative de votre chiffre d’affaires.
- Quelles assurances couvre-t-elle, et lesquelles restent à votre charge ?
Le portage peut simplifier votre gestion administrative, mais chaque frais supplémentaire réduit directement votre revenu net. Un montage qui semble simple peut s’avérer moins rentable qu’une micro-entreprise bien tenue.
Comment comparer les revenus nets selon votre statut VTC
Vous avez déjà remarqué que deux chauffeurs faisant le même nombre de courses par semaine peuvent avoir des fins de mois très différentes ? La différence vient rarement de la plateforme. Elle vient du statut et de la structure de frais.
Pour comparer honnêtement vos options, calculez toujours votre revenu à partir du même point de départ : le montant brut des courses encaissées avant toute déduction de la plateforme. Ensuite, déduisez dans l’ordre :
- La commission de la plateforme (Uber, Bolt, etc.), qui s’applique quel que soit votre statut.
- Les frais de la société intermédiaire (portage ou exploitant), si vous en avez une.
- Le coût mensuel du véhicule si vous le louez.
- Vos charges sociales et fiscales selon votre régime.
- Vos frais professionnels directs : carburant, entretien, assurance complémentaire.
Ce qui reste est votre revenu net réel. Comparer des taux de commission sans faire ce calcul complet revient à comparer des prix sans regarder les charges.
La transition forcée par la loi de 2026 est une contrainte, mais elle pousse à poser ce calcul clairement. Choisir son statut sur la base du revenu net réel, et non sur la promesse d’un taux affiché, est la démarche qui protège durablement votre activité de chauffeur VTC.

